Jouer est une chose sérieuse

Combien de fois avons-nous fait semblant de boire dans une tasse, dorloté un chien en peluche et préparé des boulettes de boue avec notre fils ? Les enfants nous entraînent avec sérieux et solennité dans leur monde imaginaire et nous, les adultes, nous ne pouvons que reconnaître la valeur, en nous plongeant dans leurs histoires fantastiques, un peu spectateurs, un peu complices, conscients que le jeu est une chose grave. Sérieusement. L’article 31 de la Convention relative aux droits de l’enfant stipule que ” les États reconnaissent le droit de l’enfant au repos et aux loisirs, au jeu et aux activités récréatives propres à son âge. Le jeu est donc un droit, ainsi qu’une expérience fondamentale pour le développement émotionnel, cognitif et social. Le jeu apprend à se connaître et à connaître le monde environnant, développe la mémoire, l’attention, la concentration, la capacité de comparaison et de relation, apprend à être persévérant, créatif et à avoir confiance dans ses capacités.

Bébés et jeux
Les activités ludiques commencent dans les premiers mois de la vie. Dans cette phase, qui va de la naissance à la première année, l’intérêt est dirigé vers les personnes qui s’occupent de l’enfant : la mère, le père, les grands-parents et les frères et sœurs qui se bercent, se massent et se dorlotent. Avec la découverte de leur corps, ils s’attirent les mains et les pieds qui sont observés, mis en bouche et sucés. Au fur et à mesure que de nouvelles conquêtes motrices se développent, l’intérêt passe de l’homme à l’objet ; les jouets sont d’abord saisis, touchés, explorés avec la bouche, puis manipulés avec une plus grande dextérité par le jeu du ” vidage et remplissage “, du ” donner et prendre ” et du lancer au sol. On aborde la conscience de soi qui se manifeste pleinement vers l’âge de 2 ans. C’est à ce stade que l’enfant choisit un jeu particulier – l’objet transitionnel – qui l’aide à affronter les premiers détachements de ses parents. Peu importe qu’elle soit particulièrement belle ou colorée, ce qui compte, c’est qu’elle “ait le goût de maman et papa” et qu’elle l’aide à combler le vide qu’elle ressent chaque fois que les parents partent.

Trois ans : jouer ensemble
D’un point de vue social, à l’âge de 2 ans, on passe du jeu solitaire au jeu parallèle : les enfants commencent à partager des espaces et des jouets, ils s’observent, ils reproduisent ce qu’ils voient, mais ils n’ont pas encore acquis les compétences nécessaires pour coopérer. C’est vers l’âge de 3 ans que les premiers jeux de socialisation commencent. Les passages du jeu symbolique individuel au jeu social et sociodramatique, dans lequel des personnages reconnaissables et des situations réelles sont interprétés, deviennent de plus en plus fréquents. L’enfant interagit avec les autres de manière consciente et volontaire, en apprenant à être disponible, à partager, à comprendre les conséquences de leur comportement. Cette coopération, en plus de favoriser le développement social, a une grande valeur éducative : elle enseigne à l’enfant le sens des responsabilités et l’honnêteté envers les autres. Vers l’âge de 4-5 ans, le jeu devient une expression de la dynamique interne de l’enfant : il préfère jouer à la poupée, au docteur et à la cache-cache et, à travers le jeu de fiction, il interprète, commente, exagère et met en valeur la réalité qui l’entoure.

Sept ans : les règles du jeu
Dès l’âge de 7 ans, les jeux se jouent avec des règles : la compréhension et le respect des règles deviennent l’élément dominant. Ces jeux de groupe contribuent à l’évolution mentale de l’enfant, réduisent son égocentrisme et l’entraînent au contrôle imposé par les règles et à la vérification que les autres les respectent.

Choisir le jeu adapté à votre âge
Connaître le développement des capacités de l’enfant permet aux parents de choisir des jouets adaptés à son âge, en évitant de stimuler des compétences non encore présentes et de ne pas se perdre dans une consommation excessive et souvent loin des besoins réels de l’enfance. Beaucoup de jouets sur le marché sont conçus sur la base de la conviction équivoque que l’enfant, pour se développer, a besoin de nombreux stimuli externes.

Au contraire, le développement intellectuel et moteur mûrit sous l’impulsion de la recherche, de la découverte et de l’expérience. L’environnement doit donner à l’enfant l’occasion de découvrir, inventer, surprendre, s’enthousiasmer et conquérir. Les relations et les émotions qui proviennent de la famille et de la vie quotidienne sont d’une grande importance.

L’emballage cadeau est-il meilleur ?
Vittorio Castellazzi, psychologue clinicien, psychothérapeute et expert en psychopathologie de l’enfance et de l’adolescence, dans son livre “When the child plays” dit que donner un jouet implique un investissement amoureux et imaginatif pour les adultes. “Mais rappelez-vous que l’enfant ne s’amuse pas nécessairement avec le jouet le plus cher – dit Castellazzi – et qu’un vrai jouet doit lui donner l’occasion de se sentir protagoniste et créatif. Souvent, l’imagination d’un enfant peut se transformer en les meilleurs objets jouets qui semblent avoir peu de valeur ludique. Tous ceux qui ont des enfants le savent bien ; l’intérêt et l’attrait qu’éveille un objet d’usage quotidien peuvent être beaucoup plus grands que ceux d’un jeu super cher et technologique. Souvent, nous, les adultes, remplissons la chambre de nos enfants de jouets inutiles et non sollicités, en partie pour satisfaire les besoins non satisfaits de notre enfant intérieur, en partie pour combler les absences, les insuffisances, le manque d’affection et les sentiments de culpabilité.